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Histoire d'AlgérieLa colonisation française (1830 à 1962)

Samia Lakhdari l’oubliée

La guerre c’est la guerre. Suite à un attentat à la bombe commis par des Ultras français de l’armée à la rue de Thèbes dans la Casbah le 10 août 1956 qui a fait 80 morts, dont des enfants et nourrissons, le FLN décide de riposter. Trois poseuses de bombes sont recrutées, les deux premières sont connues, Zohra Drif qui déposera sa bombe au Milk bar de la rue Ben M’Hidi (ex-Isly) et Djamila Bouhired la sienne dans le Hall de la compagnie Air France, qui n’explosera pas. La troisième est Samia Lakhdari, née en 1934 et descendante du vénérable maitre soufi Sidi-Abderrahmane Lakhdari de Biskra, ville dont les habitants ont une longue histoire avec la Casbah d’Alger, y travaillant comme porteurs d’eau.

Le 30 septembre 1956 Samia Lakhdari entre avec sa mère, Mama Zhor, dans la Cafétéria de la rue Didouche (ex Michelet) d’Alger, habillées à l’européenne. Elles prennent un soda puis Samia dépose le sac de plage qu’elle transportait sous un tabouret. Elles sortent vite, 10 minutes après, l’engin artisanal explose. Samia Lakhdari sera condamnée à mort par contumace en compagnie de la moudjahida Zohra Drif lors du procès de Djamila Bouhired et Djamila Boubacha mais ne sera pas capturée.

   Etudiante en droit à Alger, elle avait rejoint l’appel à la grève lancé par le FLN en mai 1956 et depuis a rejoint la cause et devient fidaï dans les commandos de la Zone autonome d’Alger sous le pseudonyme de Nabila. C’est d’ailleurs du fait qu’elle soit mal connue qu’à sa mort en juin 2012 que sa compagne de lutte, Zohra Drif, décide d’écrire un livre, « Mémoire d’une combattante de l’ALN, Zone autonome d’Alger » (éditions Chihab. 2013), pour réhabiliter tous ceux et celles qui sont tombés dans l’anonymat, à commencer par Samia Lakhdari, qui « s’en est allée comme elle a vécu, discrètement sur la point de pieds », écrit la militante. Tout le monde connait pourtant Samia Lakhdari de vue, de par célèbre cette photo de l’année 1957 prise par Ali La pointe dans la Casbah d’Alger, où on la voit aux côtés de Zohra Drif, Djamila Bouhired et Hassiba Ben Bouali, toutes en armes, belles et jeunes. Un peu oubliée par l’Histoire, Samia Lakhdari poursuit pourtant ses luttes pour d’autres causes après l’indépendance, notamment celle des femmes.

Chawki Amari

Image : Les poseuses de bombes pendant la Guerre d’Algérie. De gauche à droite: Samia Lakhdari, Zohra DrifDjamila Bouhired et Hassiba Ben Bouali

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