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Conte – Aïcha Bent El-Hattab – Partie I – La chance du bûcheron

dieu-mercure-et-le-bucheronAux temps anciens, un bûcheron très pauvre était contraint de se rendre tous les jours dans la forêt. Il coupait du bois qu’il vendait. C’était ainsi qu’il nourrissait ses enfants. Un jour, sa hache resta coincée dans le tronc sur lequel il venait de cogner. Le pauvre homme essaya de toutes ses forces de la dégager mais rien n’y fit. En désespoir de cause, il dit à haute voix :

— « Je donnerai ma fille Aïcha en mariage à celui qui m’aidera à retirer ma hache. »

Soudain, comme par miracle, la hache se dégagea. Le bûcheron continua à couper le tronc quand un homme apparut et s’adressa à lui :

—«  Tiens, je te donne cette meule à grain. Emporte-la chez toi, et chaque jour ta femme aura de la farine pour pétrir le pain et rouler le couscous. Mais personne ne doit la voir. Recommande bien à ta femme de la recouvrir et de la garder loin des yeux indiscrets, sinon elle perdrait tout pouvoir. »

C’était un Djinn qui vivait là, le même qui lui fit récupérer sa hache. Le bûcheron remercia et emporta le moulin qu’il donna à sa femme tout en lui recommandant :

—«  Attention ! Personne ne doit voir ce moulin à grain. Recouvre-le bien après chaque utilisation. Tu n’auras qu’à retirer le drap pour avoir de quoi pétrir le pain et rouler le couscous. »

Elle promit. Ils vécurent de ce don et le bûcheron n’eut plus besoin d’aller couper du bois ; les voisins l’ayant remarqué s’étonnèrent :

—«  Comment donc nourrit-il sa famille maintenant qu’il ne bouge plus de chez lui ? »

Un jour que Aïcha, la fille du bûcheron, jouait avec ses camarades, elles l’interrogèrent :

—«  Comment faites-vous pour manger alors que ton père ne va plus travailler ? »

 —«  Mon père ? Ah ! Mais il a reçu d’un homme, dans la forêt, une meule à grain magique. Nous n’avons même pas besoin de moudre le grain, la meule nous donne de la farine pour le pain et la semoule pour le couscous. »

Voilà comment les voisines découvrirent la bonne fortune du bûcheron. Pleines de dépit, elles insistèrent auprès des jeunes filles :

—«  Allez jouer avec Aïcha la fille du bûcheron et rusez pour qu’elle vous montre cette meule magique. »

Un jour, en l’absence du bûcheron et de sa femme, Aïcha céda et invita ses camarades à venir voir la meule. Soulevant le drap, elle dit :

—«  Regardez, la voici ! »

Le soir lorsque la femme du bûcheron voulut se servir en farine, la meule resta vide. Elle en avisa son mari :

—«  La meule a perdu son pouvoir. Elle ne donne plus de farine. »

L’homme qui avait compris ce qui s’était passé, soupira :

— « Dis-moi plutôt de reprendre ma hache et d’aIler au travail. »

Dès le lendemain, il reprit sa hache et reprit le chemin de la forêt. Soudain, l’homme lui apparut.

—«  Mais je t’ai donné une meule à grain. Qu’en as-tu fait ? »

 —« Elle a perdu ses pouvoirs, répondit le malheureux. »

Le Djinn lui donna un nouvel objet magique et lui annonça :

—«  Ecoute bûcheron ! Demain, il y aura un orage. La pluie, la grêle et la neige tomberont. L’orage sera si violent que personne ne pourra sortir. Moi je me présenterai sous l’apparence d’un mendiant. Je crierai : «Au nom de Dieu ! L’aumône !» Tu demanderas alors à Aïcha ta fille de m’apporter un peu de nourriture. J’en profiterai pour l’enlever car n’oublie pas que c’est à moi que tu l’as promise j’ai retiré ta hache du tronc. »

—«  Je n’ai pas oublié, répondit le bûcheron. Elle est à toi. »

Le lendemain, le ciel s’assombrit et un violent orage éclata. Le tonnerre, le vent, la pluie, la grêle, la neige s’abattirent sur la terre. On aurait dit le déluge. Aucun être vivant ne resta dehors. Soudain une voix s’éleva :

—«  Au nom de Dieu ! »

 —«  Chut ! dit le bûcheron. Quelle est cette voix qui appelle au dehors ? Ne serait-ce pas un mendiant ? Ecoutons ! »

 —«  Au nom de Dieu ! »

—« Mais c’est un mendiant qui crie dehors. Aïcha ma fille ! Va lui porter à manger. »

Elle sortit et s’approcha du mendiant qui lui dit :

—«  Aïcha ! Ferme tes yeux. » Elle obéit à cet homme qui s’appelait Qatar Ben Matar (Gouttes de pluie) et se retrouva dans un pays qu’elle ne connaissait pas. Elle fut installée dans un merveilleux palais ; sa chambre était somptueuse avec un lit entouré de voiles et de tentures qui s’écoulaient de toutes parts. Un esclave nommé Baba Mansour était à son service. Il servait et débarrassait du matin jusqu’au soir. Aïcha Bent el-Hattab changea de vie. Elle passait son temps à se baigner au hammam, à se parer et à se prélasser. Son esclave Baba Mansour, courait dans tous les sens pour satisfaire la moindre de ses demandes. Ainsi, la fille du bûcheron se retrouva-t-elle dans un luxe semblable à celui d’une reine. La nuit, les tentures se relevaient et, dans le noir, Qatar Ben Matar venait la retrouver. Elle n’avait pas le droit de le voir. Elle en avait fait serment. Elle vivait heureuse, mais sa famille lui manquait. Le temps passa et un jour elle demanda à son esclave :

—«  Oh Baba Mansour ! Mes parents me manquent. Peux-tu me conduire auprès d’eux, toi qui satisfais tous mes désirs ? »

—« Il me faut l’accord du maître, lui répondit-il. » Qatar Ben Matar accepta :

—«  Dis-lui de fermer les yeux et son vœu sera exaucé. »

En un clin d’œil, Aïcha se retrouva auprès des siens qui faillirent ne pas la reconnaître tant elle était belle et somptueusement vêtue. Le bruit courut :

—«  Aïcha Bent El-Hattab est de retour ! Et quel luxe ! »

On la couvrait de caresses et de baisers, on admirait ses merveilleuses toilettes. Les voisines accoururent avec leurs filles. Elles l’interrogeaient :

—«  Avec qui es-tu mariée ? Où habites-tu ? Comment vis-tu ? As-tu des voisins ? Réalises-tu des ouvrages ? »

Aïcha finit par révéler : …

 

Source : L’Algérie des contes et légendes –  Nora Aceval

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