Babzman
Image default
Accueil » Comment la présence ottomane a duré plus de 3 siècles en Algérie ? – Par Farid Ghili
Période ottomane (1515 à 1830)

Comment la présence ottomane a duré plus de 3 siècles en Algérie ? – Par Farid Ghili

On peut en effet se poser à juste raison, la question sur ce qui a permis aux ottomans, de perdurer pendant plus de 3 siècles*, alors qu’au plus fort de leur présence, leurs troupes n’ont jamais dépassé 22 000 janissaires. Evidemment, cet article n’a pas l’ambition d’apporter toutes les réponses, mais rien ne nous interdit de suivre quelques pistes.

L’un des éléments fondamentaux à mes yeux, semble être la particularité du corps de janissaires en devenant les seuls maitres absolus, non seulement militaires, mais du jeu politique, comparativement aux autres provinces ottomanes. Leur diwan mit la main sur l’administration du trésor, les bénéfices du commerce extérieur, les revenus des impôts, et les butins de la Course. Istanbul n’avait plus aucune autorité sur eux. Contrairement aux autres provinces ottomanes (Egypte, Tunis, Tripoli, Bilad cham) qui recouraient à un fort recrutement local (autochtones) ce qui donna lieu souvent, à des affrontements sanglants, entre les forces antagonistes (janissaires et autochtones), l’Odjak d’Alger refusera d’ouvrir le service de janissaire aux autochtones (sauf quelques rares et insignifiantes exceptions pour des maures). De la même façon, lorsqu’au XVIe siècle., le besoin de janissaires supplémentaires se faisant sentir, ils firent appel au réservoir anatolien (qui n’étaient plus réellement des janissaires, ce corps militaire créé en 1334, constitué d’enfants chrétiens captifs.) plutôt qu’aux autochtones.

Après le régime des Berlebeys, la discrimination s’étendra aux Koulouglis (sujets issus de père turc et mère indigène) auparavant plus ou moins acceptés. Ces métis qui en dépit de leur loyauté, sont considérés comme une race impure, indignes d’être assimilés aux Turcs car risquant de polluer l’identité Turque. Ils seront à ce titre, privés à partir du XVIIe siècle, de cette promotion sociale, politique et militaire. Dès lors, ce groupe social ne pourra accéder à certaines charges, notamment militaires (contrairement aux convertis et aux enfants nés de père Turc et de mère chrétienne). Toutes les révoltes des Koulouglis (kragla) qui se verront réprimer dans le sang, n’y changeront pas grande chose dans les faits. Le poste le plus important qui leur est dévolu sera celui de Bey ; une charge qui s’achète auprès du Dey et son entourage. En faisant en sorte que les rangs de ce corps soient composés uniquement de janissaires originaires d’Anatolie (à partir du XVII e S), ils ont créé un monolithisme qui suscitera un esprit de corps, rappelant la « Açabya », des bédouins développée par Ibn Khaldoun.

C’est en grande partie, cet esprit de corps qui permettra à un modeste groupe de Turcs (22 000 hommes en 1634) de perdurer pendant plus de 3 siècles. A cet élément principal, il convient, bien entendu, d’ajouter la traditionnelle division des autochtones, qui se traduira par le clientélisme et la compromission de certaines tribus (Makhzen), qui deviendront le bras armé des Ottomans pour mater les tribus récalcitrantes.

Thucydide, un ‘historien grec du Ve siècle disait déjà que l’histoire est un éternel recommencement. Hormis l’Aguellid Massinissa qui tira profit des guerres puniques, force est de constater qu’en Algérie** ce sera toujours un conquérant étranger qui chassera l’occupant en place. Jusqu’au 5 juillet 1962.

Farid Ghili

*Les janissaires sont arrivés avec l’avènement de Kheirredine Barberousse non Aroudj

**où l’espace géographique lui correspondant approximativement

Articles similaires

Laissez un commentaire