La Ghlîla غليلة

Entre le XIVe et le XVI e siècle, Alger accueille de nombreux exilés andalous, juifs et musulmans. Ces importants flux migratoires furent à l’origine de nouvelles techniques de tissage, de coupes de vêtements, de broderies au fil d’or et de soie qui naquirent sous l’influence des artisans immigrés; et c’est ainsi que la «ghlila», fait son apparition. Elle désigne un habit dit « décolleté à la levantine « (venant de l’Orient) qui était considéré comme un vêtement quotidien de l’élite algéroise alors que le caftan était réservé en ces temps aux cérémonies.

Le mot « ghlila  » serait issu du vocable arabe « ghilala » ou « ghalila » qui désignait de fins sous-vêtements dans l’Arabie de l’époque du prophète Mahomet. Durant la période Abbasside, ce terme fut attribué dans les Mille et une nuits à une robe de « lingerie » féminine très légère et transparente. Dans le Cordoue de Ziryab, il aurait été appliqué à une forme de blouse fine, portée par-dessus la chemise. Quant au nom de « ghalila », il correspond aussi à un bouton avec lequel on ferme une cuirasse ou à un clou qui rapproche les deux bouts d’un collier :  il est intéressant de constater que la « ghlila » algéroise (du XVI e) se ferme à l’aide d’un seul bouton central.

Au début du XVIII e siècle, toutes les femmes d’Alger, Turques, Mauresques… portaient la ghlîla, réservée un siècle plus tôt, aux seules Turques. C’était une longue veste de drap fin, de satin, de velours, ou de damas, qui descendait à mi-jambe. Les jambes ne dépassaient pas les coudes. Cependant, parfois, elles étaient prolongées par des manchettes couvrant l’avant-bras; l’encolure quant à elle, était très ouverte, et découvrait largement la poitrine, deux gros boutons de passementerie or ou argent la tenait serrée au bas du décolleté. Ce décolleté mettait la poitrine en valeur, et permettait d’admirer les nombreux colliers de perle, parure incontestée et preuve de richesse, chez certaines Algéroises, et ce jusqu’à la moitié du XIX e siècle.

Puis, avec l’occupation française en 1830 et le départ d’une partie de l’élite algéroise et de certains artisans, le code de l’apparence change et on note un appauvrissement en matière de soieries et de broderies aux fils d’or de la garde-robe algéroise. La «ghlila» se raréfie pour devenir un costume de cérémonie.

 

Mira B.G

Sources : 

  1. Paraître et apparences en Europe occidentale: du Moyen Âge à nos jours, Isabelle Paresys
  2. Le catalogue des collection du Mahdj, ED 2008
  3. A l’origine de la ghîla, midi libre, 12 mars 2012

 

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