Fadhila Dziria la chanteuse au bon cœur 

Chanteuse au timbre de voix séduisant, comédienne sur la scène algéroise et combattante durant la guerre de libération nationale, Fadhila Dziria – alias Fadhila Madani, native de Djenan Beït El Mel à Notre-Dame d’Afrique, le 25 juin 1917 – fait partie intégrante d’un patrimoine à préserver.  

 

 Détenue à la prison de Serkadji à Alger, elle chante, surtout, Ya men qalbak h’zine (ô toi dont le cœur est triste…) pour encourager ses pairs emprisonnés et en particulier les condamnés à mort. Elle puise une force dont elle est la seule à détenir le secret. Le chant a le pouvoir de faire changer les hommes. Convaincue que son identité est inébranlable, elle la mettra en valeur par sa voix et son hawzi. Le seul « crime » de la chanteuse est de collecter des fonds et d’assumer d’autres tâches. Ironie du sort, Fadhila Dziria a partagé la même cellule que sa grande amie Zoubida Dehaba, elle aussi militante aux côtés de Louisa Ighil Lahriz durant la bataille d’Alger. Elle ne la quittera que le jour de sa mort (en son domicile de la rue Hocine Asselah à Alger, le samedi 6 octobre 1970), après avoir animé tous les mariages de ses filles. 

Au sortir de la prison, elle se relance avec son propre ensemble musical, soutenue par sa sœur Goucem à la derbouka – elle l’a accompagnée toute sa vie –, Reinette Daoud dite l’Oranaise au violon, sa nièce Assia au piano et à l’orgue. D’après son autre nièce Radia Salmi (de l’association Ahbab El Fannana Fadhila Dziria), « Fadhila Dziria était une grande dame aux nombreuses qualités humaines. Elle a toujours été au secours des personnes nécessiteuses. Elle reflétait le symbole de la femme compréhensive, modeste et généreuse qui ne ménageait aucun effort pour être à l’écoute des autres. C’était la chanteuse qui aimait ce qu’elle faisait. Elle chantait de bon cœur ».  

 

Mal hbibi malou 

Découverte lors de l’émission Men koul fen chwai de Radio Alger, animée par M. E. Hachelaf et Djillali Haddad, elle sera initiée par Mustapha Kechkoul, discothécaire de la même radio. Les paroles lui sont alors soufflées, car la chanteuse est analphabète. Sa carrière est bien lancée, surtout après son premier succès, en 1949, après l’enregistrement de Mal hbibi malou (qu’a-t-il mon amant, paroles de M. Kechkoul et musique de Mustapha Skandrani), son premier disque chez Pacific. Sa performance de comédienne sera courte (pièces Ma yenfaâ gir sahDawlet enissaOthmane en ChineMouni radjel, entre autres) et sa passion pour la chanson lui a valu de grands succès avec Ana touiri (moi et mon oiseau, paroles de M. E. Hachelaf et musique de Djilali Haddad), Houni kanou (Ils étaient là), un zendali exécuté sur un rythme typiquement féminin de l’Algérois.

Pour le compositeur Mustapha Sahnoun, son pianiste durant plusieurs tournées nationales, Fadhila Dziria est « l’une des doyennes de la musique andalouse, dans une époque où il est très difficile pour une femme de s’imposer sur la scène artistique, une artiste dont la voix a une voix telle une mosaïque où l’on retrouve l’ambiance de la vie à la Casbah d’Alger ». Un timbre vocal qui a hanté le Café des Sports dans la basse Casbah, mais aussi nombre d’espaces de l’Algérois. Une voix qui reste ancrée dans la mémoire collective, tel un patrimoine à sauvegarder, celui d’une grande dame qui a suivi la ligne de Meriem Fekkai et de Yamna Bent El Hadj El Mehdi. Fadhila Dziria restera probablement la meilleure interprète de Ya belaredj, un chant d’amour et érotique.  

 

Mohamed Redouane 

 

Sources  

  1. Dictionnaire des musiciens et interprètes algériens de Achour Cheurfi (Alger, ANEP, 1997) 
  2. Presse d’Algérie.  

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