Euldjia Bent Bou Aziz des Hanencha

Elles ont lutté avec une détermination sans faille contre les hordes d’envahisseurs étrangers, sacrifiant leurs vies pour infléchir le cours des batailles , parfois même d’une guerre… Pourtant, malgré leurs actes héroïques, l’histoire les a oubliées à l’instar de Dihiya, Cyria et tant d’autres. Parmi ces oubliées de l’histoire, émerge Euldjia bent Bouaziz, la belle héroïne de la tribu des Hanencha, dont le récit se déroule au XVIII è siècle, à la période Ottomane. Qui est-elle ? Et comment a-elle changer le cours de l’histoire ?

Mais avant, qui sont les Hanencha ?

L’origine des Hanencha n’est pas certaine, berbère ou arabo-berbère. Il y a d’abord la tribu des Hanencha qui a longtemps été dirigée par la famille des Harars Hanencha au moins depuis le 15e siècle, une sorte d’aristocratie féodale qui se transmettait le titre de Cheikh des Hanencha pendant des siècles.

Cette tribu était très puissante et a régné dès le moyen âge sur tout l’est algérien et l’ouest tunisien en formant ce qu’on qualifie de confédération tribale. Plusieurs tribus ont ainsi prêté allégeance aux Hanencha et à leur cheikh, créant un grand espace politique et économique au cœur de l’Afrique du Nord.
Les Hanencha faisaient commerce dans toute la région y compris vers l’Europe à partir d’un comptoir installé près de la Calle appelé « Bastion de France ».
Pour les puissantes tribus autochtones (berbères ou arabo-berbères) l’équivalent de la « Mhalla » pour les ottomans, était la « Zmala ». Les Cheikhs Hanencha avaient leurs propres makhzen et leur zmala collectait son propre impôt. L’arrivée des ottomans a bouleversé cet équilibre. Les beys de Constantine et de Tunis ont fait en sorte que la confédération s’effrite. Ainsi des tribus auparavant membres de la confédération des Hanencha se sont rebellés et se sont rapprochés des dirigeants centraux. Aussi les ottomans ont déstabilisé le cœur de la tribu en montant les membres de la famille des Harars les uns contre les autres.

Le Sultan envoyait le Kaftan (on le faisait pour l’investiture des pacha et Bey) au Cheikh au même titre que le Bey de Constantine. Ce dernier faisait en sorte de nommer ou écarter les Cheikhs afin de créer des tensions ou réduire le pouvoir de certains aux dépens d’autres.
C’est ainsi que vont apparaître au 17e siècle les deux lignées des ouled Naceur et des ouled Menacer.

La riche histoire de cette tribu et de la confédération des Hanencha se traduit par la présence de sa descendance sur un territoire très étendu qui va de Tunis à Gabès en passant par Sousse, de Jendouba à Nafta en passant par Gafsa et d’Alger à Souk Ahras en passant par Constantine.

Ainsi donc au 18è siècle dans la région nord-ouest de l’Algérie règnent les Hanencha à la tête de laquelle se trouve le cheikhs souverain Bou Aziz ben Nacer. Les Hanencha contrôlaient alors toute la zone frontalière. Plus tard ils seront soumis par les ottomans et feront partie des trois grands feudataires (tribu vassal) de la province de l’est. Cependant avant d’en arriver là les Hanencha étaient puissants et craints, car capables de lever plusieurs milliers de cavaliers.

Comme de nombreuses tribus, les Hanencha ont refusé d’être une accommodante tribu Makhzen (feudataires) pour les ottomans qui alors régnaient sur Alger et ses environs et encore moins de subir le joug imposé aux tribus.

Durant des décennies, les Hanencha ont mené la vie dure aux beys de Constantine en refusant de payer l’arbitraire « denouche » (impots) et en résistant au Bey de Tunis qui avait des visées sur leur territoire. En 1724, le bey de Constantine, Hossein, dit Bou Kemia (l’homme au poignard) et le bey de Tunis décident d’en finir avec eux. S’alliant pour la circonstance, ils décident de les attaquer à l’improviste, les Hanencha, déroutés par cette stratégie, pourtant coutumière des ottomans, furent
facilement défaits. Beaucoup hommes perdirent la vie, et tentes et bétails tombèrent aux mains des ottomans.

Réussissant à échapper aux assaillants, Bou Aziz voulu contrattaquer et essaya de rassembler ses troupes, mais cette cuisante défaite eut des répercussions désastreuses sur le moral des Hanencha, qui décidèrent de se soumettre aux ottomans, à son grand dépit. C’est là qu’entre en scène Euldjia.

Qui est cette femme et comment a-t-elle changer le cours de la bataille ?

Révoltée par cette capitulation avilissante à ses yeux, Euldjia, fille du souverain des Hanencha, Bou Aziz ben Nacer, décide de sauver l’honneur flétri de sa tribu.
Réputée pour sa beauté, mais aussi, son caractère bien trempé, Euldjia, s’affubla de ses plus beaux atours et monta fièrement sur son destrier. Elle fit appelle à l’honneur des femmes de sa tribu, qu’elle réunit sur la place en leur disant : « Puisque ces hommes n’ont pas le courage d’aller contre les turcs qui viendront bientôt nous violer à leurs yeux, allons nous-même vendre chèrement notre vie et
notre honneur et ne restons pas avec ces lâches »

Puis, découvrant sa gorge et la montrant aux hommes ayant perdu leur courage, elle leur cria : « Enfants de Naceur ! Qui voudra sucer de ce lait n’a qu’à me suivre ! »

Les hommes de la tribus piqués au point d’honneur et encouragés par la bravoure de cette jeune fille, foncèrent sur les turcs avec tant de violence qu’ils défirent le camp, récupérèrent une partie du butin qui leur avait été pris, firent prisonnier le khalife et dépouillèrent tous les turcs et leurs tribus feudataires.

Ce haut fait d’armes a donné lieu à de nombreux chants commémoratifs en l’honneur de Euldjia bent Bouaziz ben Naceur, la belle héroïne des Hanencha et témoignent de la bravoure des femmes de ce pays. En voici un extrait :

« (…) Gloire à toi, Euldjia, ô fille de noble race !
Tu sauvas la patrie, tes frères et tes parents
.Et ce jour de défaite devint un jour de gloire !
Sois bénie, Euldjia !
« Allah ikafiki ! ».

Rym Maiz

Sources :

Peysonnel et Desfontaines: Voyages dans les régences de Tunis et Alger (rapportés par Eugène Waysettes)

Euldjia Bent Bouaziz : la belle et rebelle héroïne Hanencha de Farid Ghili

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