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Période ottomane (1515 à 1830)

D’où vient l’expression « Roh ahkiha l’bébeit  » (va racontait ça à Bebeit) ?

Pendant la Régence d’Alger, la liaison entre l’ancienne Cité algéroise, la Casbah, le port et le reste du pays était assuré par cinq portes : Bab El Djedid (Porte Neuve), Bab Azoun, Bab El Bahr (porte de la mer ou de la Douane), Bab El Djezira (porte de l’île) et Bab El Oued (surnommée porte de la mort en raison de sa perspective sur des cimetières). Ces portes, scindées de murailles conçues pour protéger la ville de l’invasion ainsi que des visiteurs étrangers (barani), étaient fermées tous les soirs et ouverte le matin à l’aube.

Selon Venture de Paradis* tous les habitants de la Casbah devaient être chez eux une heure et demie après le coucher du soleil, après la dernière prière – Salat El Icha. Un édit interdisait aux citoyens de circuler le soir sans autorisation et sans éclairage. 

Le soir venu, un Meddah, munis d’un tambour, annonçait la fermeture des portes, les étrangers devaient quitter la ville. Seuls les médecins ou les gens connus pouvaient vadrouiller librement, munis d’une autorisation de circulation et d’une lanterne. Les portes de la Casbah étaient rouvertes à l’aube avant la prière d’El Fadjr. Un « agha » (officier) de permanence assurait ce service.

Les clés de Bab El Djedid, Bab Azoun et Bab el Oued étaient confiées à cet Agha car ses portes constituaient des issues indispensables pour l’écoulement de la circulation très intense. Les clés des deux autres portes sont gardées au palais du Dey par « Caid El Bab » (Gouverneur de la porte).

Une fois les portes fermées, des « patrouilleurs » (officiers de police) dont le chef était appelé « kol aghasï » (responsable de la patrouille nocturne) faisaient une ronde pour vérifier que nul étranger ne se trouvait dans la ville. Si par malheur ils croisent un homme sans autorisation et sans lanterne il était bastonné et emmené au tribunal.

En route vers tribunal, l’officier de police questionnait el berrani sur sa présence dans l’enceinte de la casbah, terrifié il prétendait ne pas avoir entendu le Meddah, ceux à quoi répondait le patrouilleur :  » hadi roh ahkiha l’bébeit  » (va racontait ça à Bebeit)

Mais qui est ce Bebeit ?

Selon certains Bébeit n’était nul autre que le juge de la casbah. Selon d’autres Bébeit était la personne chargée d’enregistrer les plaintes qu’il remettait ensuite au Dey. Son bureau à l’époque se situe à l’entrée de Bab Azzoun sur la Place des Martyrs.

Ce système, sous l’autorité du juge et de cheikh el Bilad, assurait d’une manière très efficace la prévention des crimes et des délits. A ce sujet, Shaler william* dira dans son Esquisse de l’Etat d’Alger : « Il n’y a probablement aucune cité dans le monde, où il y ait une police plus vigilante, où moins de crimes justiciables de la loi soient commis, ou encore, où règne la meilleure sécurité pour les personnes et pour les propriétés. »

R.M

*Venture de Paradis : Après un stage à l’ambassade de France à Constantinople, il occupa différents postes de drogman (interprète) en Syrie, en Égypte, au Maroc, à Tunis et à Alger.

*Shaler William :  consul général des Etats Unis à Alger, pendant la régence, il y vécut près de dix ans à Alger

Image à la Une : ALGER – LA PORTE BAB-AZOUN

Image intérieur : Entrée de la citadelle du dey – Aquarelle extraite de l’Album d’Afrique

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