Une tradition perdue du Mawlid, «Edwi âla Echeikh»

Dans les grandes villes algériennes, surtout celles du nord, il est de coutume que les célébrations du Mawlid Ennabaoui se fassent en famille, en intra muros, autour d’un repas de circonstance et d’une ambiance particulière rythmée généralement par les jeux des enfants rivalisant de pétards et autres nouveautés pyrotechniques.

Alors que dans certaines villes du sud surtout dans le Touat-Gourara et la Saoura tout se passe dans les rues lors de cérémonies comme le Sbouâ de Timimoun ou le Fezâa de Béni Abbas ou la multitude de ziarates à différents mausolées

Autrefois dans le dédale de la Souika et de la Casbah de Constantine, le Mawlid Ennabaoui se manifestait en extra muros, en dehors du cercle familial, d’abord dans les rues et les commerces puis dans les zaouïas.

Des dizaines d’enfants parcouraient dans un passé pas si lointain les ruelles de la vieille médina illuminant ces dernières de leurs torches faites de coquilles d’œufs décorés de peintures par leurs soins, rivalisant entre eux pour avoir la plus belle torche.

Confectionnées  des semaines avant, ses torches servaient juste d’accessoire aux enfants qui arpentaient les rues, quelques jours avant la fête, passant de commerce en commerce et de maison en maison pour faire la quête et rassembler de l’argent ou des denrées alimentaires qui allaient directement aux différentes zaouïas pour préparer les festivités et faire tourner les écoles coraniques au long de l’année.

Pour obtenir les dons des familles et commerçants de la ville du vieux rocher, les enfants tapaient aux portes en répétant joyeusement «Edwi âla Echeikh», qui veut dire littéralement «Illuminez le cheikh de la zaouïa», des mots qui, sortant de bouches innocentes et joyeuses, suffisaient à illuminer les sabats sombres de la cité.

La veille du Mawlid, les hommes de la ville se réunissaient dans les zaouïas et les mosquées à la fin de la journée pour les prières d’el maghreb et d’el ichaa, après cela, les enfants commençaient à envahir les lieux avec de grands plateaux de mets traditionnels variés et copieux, comme le veut la cuisine de la région, pour que les hommes partagent dans la maison de dieu le repas de fête du Mawlid.

Toute la nuit les hommes récitaient des poèmes de louanges au prophète de l’islam avec une musicalité  envoûtante aussi  proche du registre du malouf et des aïssaoua que des déclamations soufies dont certains dépassent les mille vers.

Sept jours plus tard, les zaouïas accueillaient de nouveau les fidèles qui renouvelaient tout ce rituel pour fêter le sbouâ, septième jour de la naissance.

Elles sont certes rares mais quelques zaouïas perpétuent encore cette tradition dans un cercle très restreint mais les torches des enfants, remplacées par les pétards, n’illuminent plus les ruelles de la médina.

Mohamed Rafik

Illustration : Etienne Dinet

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