UN MOT, UNE ORIGINE : LES VANDALES

Peuple germanique indo-européen de Scandinavie, issu du Jutland danois et du Golfe d’Oslo norvégien, ils s’installent dans la Baltique du côté de la Pologne. C’est ce que l’on sait actuellement et selon l’historien Pline du tout début de l’ère chrétienne, le nom de Vandale désigne aussi à l’époque d’autres peuples  « barbares »,  tels  les Vikings, Goths, Francs, Lombards, Suèves, Burgondes, Jutes, Angles et Saxons.

Tout comme les Germains ne s’appelaient pas eux-mêmes Germains (terme utilisé par les Romains ou les Celtes, de germani, « ceux qui crient ») mais Peudo (peuple), Teut (tribu, terme qui a donné le terme teuton) et Deustch (allemand), les Vandales (Wandal en Arabe), ne se désignaient pas sous ce vocable, vandale devenant un adjectif péjoratif signifiant « destructeur, et sauvage », qu’on attribue au Français Voltaire qui l’utilise en 1734, suivi par les historiens qui forment le mot « vandalisme » pour qualifier les destructions de monuments pendant la Révolution de 1789.

En tout état de cause, il y a bien Vendel, une province de Suède, et le culte d’Aurvandil, « le vagabond lumineux », ancêtre supposé des Vandales, d’où le terme est peut-être tiré, à moins qu’il ne vienne du germain wand qui signifie « errer. » Car toute l’histoire vandale est une grande migration, dans un renversement de dominos, chassés de leurs territoires du Nord par les Huns d’Attila, tribu nomade asiatique, ils quittent leur froideur originelle et poussent vers le Sud pour arriver en Afrique du Nord.

Des Vandales ? En réalité, ils n’ont pas fait pire que les Romains, les Huns ou les Alains et avaient des cercles littéraires vandales à Carthage, l’historienne et archéologue Nacera Benseddik précisant que « c’est une injustice d’ordre historique, ils n’ont pas plus pillé que n’importe qui», plusieurs historiens soulignant par ailleurs que partis en 455 pour attaquer Rome de leur port de Saldae (Bejaïa) construit par Genséric, Roi des Vandales, ils ne l’ont pas pillée mais ont inventé une organisation originale sans destructions ni massacres en signant un accord avec le pape Léon Ier  pour diviser la ville en plusieurs îlots afin s’emparer des richesses de Rome en passant de quartier en quartier, emportant sans violence les objets de valeur.

D’ailleurs, les Vandales ne sont pas venus détruire les Berbères mais tenter une alliance avec eux à travers l’Arianisme, religion des Vandales qui n’accorde pas de valeur divine à Jésus, courant déjà présent dans certains cercles d’Afrique du Nord. Ce dogme fondé par Arius, théologien d’ailleurs d’origine berbère d’Alexandrie en Egypte, va s’opposer en Algérie aux Catholiques représentés par l’autre célèbre berbère de Thagaste (Souk Ahras), Saint Augustin, lui-même aux prises avec une autre école théologique, les Donatistes, courant chrétien qui veut inclure les traditions locales berbères et s’oppose aux Romains sous la conduite de l’Evêque berbère Donat de Negrine (Tebessa), excommunié par le Pape, qui lance une révolte ethnique entre la population latinisée et celle numide des origines, Baghaïs des Nememchas de Khenchela contre citadins assimilés, « tchi-tchi » de l’époque, lutte de classes entre colons et  indigènes qui va diviser l’Afrique du Nord chrétienne.

Les Vandales arrivent donc quelques décennies plus tard en terrain pas vraiment hostile, chez des Berbères en lutte contre l’occupant romain et opposés religieusement au Vatican, Donatisme et Arianisme étant jugés par le pape comme hérétiques, le gentil Saint Augustin lui-même ayant ordonné la persécution des hérétiques. Il finira par une ironie de l’histoire par mourir à Hippone, Annaba, pendant le siège de la ville par les armées vandales, épaulées par les Alains, encore eux, et les Berbères, toujours eux, alors que Genséric va mourir à Carthage, bien loin de sa patrie du Nord.

En bref, les Ariens ne sont pas des 3ariane et les Vandales ne sont pas des vandales, ce sont des Germains, peuples scandinaves unis par une langue, dont la langue anglaise est d’ailleurs l’une des ses plus grandes descendantes, idiome local qui s’est imposé partout dans le monde, y compris à l’école primaire algérienne cette année. Nous avons donc quelque chose de Vandale. Mais pas de vandale.

Chawki Amari

Image à la une : Les Vandales dirigés par Genséric passent le détroit de Gibraltar

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