Mosquée Essayida, la dame mystère

Nous avons tous entendu parler des fouilles archéologiques de la place des martyrs qui ont permis d’exhumer des vestiges des périodes berbéro-ottomane et berbéro-islamiques. Parmi ces vestiges des traces de la mosquée Essayida ont été découverts.
Située dans la basse Casbah, la mosquée fut Construite au XVIe siècle par les Ottomans durant la période de la Régence d’Alger. Elle a été démolie en 1831 par les forces coloniales française
.

Mais quelle histoire se cache derrière cette mosquée ? Qui est cette dame à qui on a dédié cette mosquée ? Et Pourquoi l’a-t-on détruite ?

Dès les premières semaines de l’occupation d’Alger, le génie militaire français a commencé à construire des routes. Pour se faire, il fallait souvent détruire des zones entières, qu’il s’agisse d’habitations, de cimetières ou de mosquées. Une véritable fièvre s’est emparée des conquérants sous Bourmont, se poursuivant sous Clauzel.
Pourtant, les français ne savaient pas encore s’il fallait se retirer ou s’il fallait rester et étendre l’occupation à une colonisation. Sur le terrain, les occupants jouaient aux conquérants. Malgré les promesses faites au lendemain de la prise d’Alger, rien ni personne ne fut respecté.

Dans cette optique de conquérants, les militaires souhaitaient disposer d’un espace pour le rassemblement et les manœuvres des troupes. Mais la ville étant conçue d’une façon traditionnelle, elle n’offrait aucun espace de libre suffisamment étendu. Aménager une place d’armes ne pouvait se faire qu’aux dépens des bâtisses existantes.
Cette zone située au croisement de trois rues principales (rue Bab-el-Oued, rue Bab- Azoun et rue de la Marine) était la plus appropriée, sachant que les forces militaires françaises étaient placées dans la Djenina, le palais du Dey, situé à ce niveau. La construction de cette place et le choix du lieu avait aussi d’autres objectifs. D’abord, elle représentait un point central d’où il était possible de surveiller l’ensemble de la ville. Aussi, par sa taille, la place symboliserait la puissance de la France et confirmerait sa présence au besoin.
C’est ainsi que le 1 er avril 1831, forces coloniales françaises ordonnent la démolition de la majestueuse mosquée Essayida, attenante au palais du dey où il allait prier le vendredi.

Mais selon Hamdane Khodja, notable et savant d’Alger témoin des premières années de la colonisation, une raison plus obscure encore demeure quant à la démolition de cette mosquée…

En effet, l’auteur nous rapporte sa version dans son livre témoignage, « Le Miroir » où il raconte un triste épisode lié à la démolition de Djamaa Essayida. Il écrit qu’« On fit croire à Clauzel que la mosquée contenait le trésor du dey. Ce général visita pieusement ce lieu religieux ; il allait souvent y faire des prières et des vœux, puis il décida dans sa sagesse qu’il allait s’en emparer (…) le général Clauzel fit donc fermer les portes de la mosquée, introduisit pendant la nuit des ouvriers et pour procéder à la fouille du trésor prétendu, jusqu’à ce que l’on eût épuisé tous les moyens de recherches et que l’on eut aussi perdu espoir. Pour cacher cette honte, on fit immédiatement démolir cette mosquée, dans laquelle se trouvaient plusieurs colonnes d’un marbre rare et des portails qu’on dit avoir vendus.

Mais le minaret de cette mosquée résista à la démolition. Un personnage dont le nom a été sciemment dissimulé, selon Hamdane Khodja, a proposé au général Clauzel de creuser tout autour, de mettre du bois et d’allumer le feu afin que le minaret se consume. Une fois la chose faite on se servit de cordes et de chevaux pour faire tomber le minaret.

Il semblerait tout de même que d’après les rapports faits sur les plans coloniaux, la destruction de la mosquée faisait partie d’un vaste programme de reconstruction d’Alger selon les besoins français. Le sort connu par cette mosquée n’était qu’un prélude. D’autres édifices religieux subirent le même sort. C’était le début d’une colonisation « certaine » et une fin du monde pour tout un peuple.
Si le bâtit a disparu, les récits bien que peu nombreux demeurent et se confrontent. On trouve, aujourd’hui, très peu d’éléments sur l’origine de sa construction et surtout, sur son auteur. Certains historiens prétendent qu’elle fut reconstruite au 16 ème  siècle – assurément après le séisme qui détruisit une partie de la ville,- par Mehemmed, Pacha. Certains pensent qu’il s’agit d’une dévote musulmane, qui en fut à l’origine mais rien n’est sur, si ce n’est que le nom de la mosquée qui veut dire dame…

Alors Essayda fait- elle référence à une femme ?

Deux versions existent quant à cette dame mystère…
D’après certains historiens, c’est une riche dame ottomane, arrivée au début de la régence d’Alger, qui a financé la construction de cette mosquée, qualifiée à l’époque comme un chef-d’œuvre architectural. Après un long séjour à Alger cette dame devait rejoindre sa terre natale, avant son départ elle ordonna qu’on construise la plus belle mosquée qui la commémorera dans la capitale. Elle a été baptisée du nom d’Es-Sayida en référence à son initiative.

Dans cette deuxième version on dit que la mosquée Essayida cache une histoire d’ amour entre un corsaire d’Alger et une belle vénitienne qui fut enlevée comme captive durant l’assaut barbaresque sur Venise.
La belle était promise au roi de Venise, elle fut ramenée à Alger avec d’autres captifs chrétiens pour demander une rançon comme fut la coutume des corsaires d’Alger.
Une histoire d’amour naquit entre les deux et elle voulut rester vivre auprès de son amoureux à Alger, ça été une bénédiction pour elle car elle refusait d’ épouser le roi de Venise, elle croyait être débarrassé de lui, mais le roi vénitien était offensé par l’enlèvement de sa promise, il voulut la récupérer mais le corsaire refusait de la rendre et elle ne voulait pas quitter Alger, alors Venise décida de déclarer la guerre à Alger, après une longue réflexion et une très grande sagesse , cette dame se résigna à rentrer et épouser ce roi qu’elle détestait juste pour ne pas voir Alger détruite et les Algérois massacrés par les troupes des pays chrétiens.
Elle demanda une faveur, que l’argent de la rançon sert à bâtir la plus belle mosquée, la plus raffinée en son honneur, en souvenir d’elle, et surtout une preuve qui restera en Algérie de son amour pour le corsaire et pour Alger et sa population.
Ce fut le cas et la mosquée fut baptisait Djamaa Essayida (la mosquée de la dame).

Malgré tous les efforts coloniaux pour éliminer toute trace de cette mosquée, près de deux siècles plus tard, dans l’actuelle place des martyrs, les fouilles préventive pour la construction du métro d’Alger ont permis de retrouver des restes de la salle de prière, la cour intérieure et la base du minaret de la mosquée Essayida. La dame renait de ses cendres, et son histoire avec elle.

Rym Maiz

Albert Devoulx, « Les édifices religieux de l’ancien Alger », La Revue Africaine,‎ 1870

« Démolition de la plus belle mosquée d’Alger » sur Babzman

Brahim Benyoucef, Introduction à l’histoire de l’architecture islamique, Alger

 illustration : croquis de la mosquée en démolition, 1831

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