Les artisans de la décolonisation en Afrique

Après la Seconde Guerre mondiale, des voix s’élèvent dans tout le continent africain pour remettre en cause la domination française. 

Sékou Touré (1922-1984) 

La résistance en héritage 

L’ENGAGEMENT. La lutte contre les Français est une longue tradition dans la famille puisque Sékou Touré est l’arrière petit-fils de Samori Touré, un des grands résistants à la pénétration coloniale. Dès sa jeunesse, au début des années 1940, il s’engage dans le syndicalisme et lutte contre les mesures raciales imposées par le gouvernement français. En 1945, il fonde le Parti démocratique guinéen, opposé à la colonisation, et, dix ans plus tard, il se fait élire maire de Conakry. 

LE MOMENT CLÉ. Lorsqu’en 1958, de Gaulle envisage l’autonomie des colonies africaines, Sékou Touré mène une campagne d’opposition et rallie derrière lui le peuple guinéen. Ce sera l’indépendance totale ou rien. Le 28 septembre, par référendum, le pays vote «non» à 98 % au partenariat souhaité par la France et, quelques jours plus tard, le 2 octobre, elle proclame son indépendance. Rompant toute relation avec l’ancienne métropole, Sékou Touré accède à la présidence qu’il conservera jusqu’à sa mort. 

 » Nous préférons la pauvreté dans la liberté à l’opulence dans l’esclavage  »  

 

Modibo Keïta (1915-1977) 

Un promoteur de l’Afrique unie 

L’ENGAGEMENT. Déjà considéré comme anti-Français par ses professeurs de l’école William-Ponty à Dakar, celui que l’on surnommait «le géant du Mali» ne faillira jamais à sa réputation. En 1946, il adhère au Rassemblement démocratique africain fondé par l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny. Considéré comme un dangereux opposant à la France, il est emprisonné quelques mois à Paris. Néanmoins, en 1956, il se fait élire à l’Assemblée nationale française pour faire entendre la voix des Maliens. 

LE MOMENT CLÉ. Devenu en septembre 1960 président du Mali, Keïta opère un virage socialiste, signe des accords de coopération avec la Chine et l’URSS, et fait incarcérer ses opposants. Œuvrant pour l’unité africaine, il crée avec le Guinéen Sékou Touré et le Ghanéen Kwame N’Krumah, l’Union des Etats d’Afrique de l’Ouest. Son soutien aux indépendantistes du FLN algérien achève de rompre ses relations avec la France. 

 » Notre liberté serait un mot vide de sens si nous devions toujours dépendre financièrement de tel ou tel pays  »  

 

Ruben Um Myobe (1913-1958) 

Un rebelle pourchassé 

L’ENGAGEMENT. Dès 1948, Ruben Um Nyobe prend la direction de l’UPC (Union des populations du Cameroun) et milite pour l’unification du Cameroun (séparé alors entre administration britannique et française) et pour son indépendance totale. Mais la métropole n’était pas encore prête pour satisfaire ces revendications. En 1955, Paris déclare l’UPC illégal et contraint ainsi les indépendantistes à la clandestinité. 

LE MOMENT CLÉ. Traqué par l’armée française pendant trois ans, il est finalement assassiné, dans le maquis, par une patrouille le 13 septembre 1958. Lui refusant une sépulture décente, les autorités coloniales font couler sa dépouille dans un bloc de béton avant de l’inhumer dans une tombe anonyme. Quelques jours plus tard, la France déclare qu’elle accordera l’indépendance au Cameroun à partir du 1er janvier 1960. Elle placera alors le dictateur Ahmadou Ahidjo à la tête du pays. 

 » Nous sommes contre les colonialistes et leurs hommes de main, qu’ils soient blancs, noirs ou jaunes  »  

 

Léopold Sédar Senghor (1906-2001) 

Le président poète 

L’ENGAGEMENT. Symbole de la coopération entre la France et l’Afrique post-coloniale, le Sénégalais Sédar Senghor a marqué de son empreinte l’histoire de son pays, mais aussi la poésie. Après des études au lycée Louis-le-Grand à Paris, ce fils de bonne famille décroche l’agrégation de grammaire et part enseigner les lettres classiques à Tours. Après la guerre, il est élu à l’Assemblée nationale puis, en 1955, devient secrétaire d’Etat dans le gouvernement d’Edgard Faure. Grand défenseur de la francophonie, il est le premier Africain à siéger à l’Académie française en 1983. 

LE MOMENT CLÉ. Senghor est l’un des fondateurs en 1958 de la Fédération du Mali qui rassemblait le Sénégal, le Soudan français, la Haute-Volta et le Dahomey. Mais après l’élection d’une Assemblée constituante dont il prend la présidence, les dissensions internes entre lui et le Malien Modibo Keïta font éclater la fédération. Le 20 août 1960, le Sénégal proclame son indépendance et Léopold Senghor s’y maintiendra à la présidence pendant vingt ans. 

 » Les racistes sont des gens qui se trompent de colère  »  

 

Source : Par Frédérice Granier, Cyril Guinet – 

 GEO Histoire « L’Afrique au temps des colonies » (n° 24). 

Image à la une : Négociations du 18 janvier 1960 pour l’indépendance du Mali – M. Keita, L. Sedar Senghor, M. Dia, M. Keita, R. Janot, R. Lecourt, M. Debré, L. Joxe. © Keystone-France : Getty Images.jpg

 

 

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