Le thé : d’où vient ce jus miraculeux ?

Le thé est une boisson de chez nous ? Encore une idée reçue. On considère le thé comme une boisson nationale et traditionnelle ancrée dans les coutumes depuis la nuit des temps. De Laghouat  jusqu’au-delà de In Guezzam et de Tindouf à El Oued, il accompagne le quotidien comme un rituel invariable.

Dans les villes du Nord, il est mis en difficulté par le café. Mais au Sud, il est le seigneur absolu qui régente les règles de la convivialité. Il accompagne les divertissements et les moments graves. Bref, le thé est perçu comme une thérapie et comme réconfort suprême dans la solitude de l’immensité saharienne. D’où vient ce jus miraculeux ? Le thé est chez nous depuis la nuit des temps ? Pas tant que ça. Avec tout le respect qu’on lui doit, le thé est une nouveauté dans le paysage maghrébin introduit par les marchands français à l’avènement de la colonisation.

Il est introduit en Europe au XVIe siècle par la Compagnie Hollandaise des Indes. Vers 1850, son usage se généralise en Angleterre. Vers 1700, un négociant israélite, en relation avec la cour du sultan Moulay Ismaïl, fit introduire au Maroc cette boisson importée d’Extrême-Orient. Longtemps, son usage restera limité à la cour du roi. On doit aux gens chargés de faire le thé dans cette cour (mouwwalyn ettay), le savoureux mélange avec la menthe qui donne cette saveur et ce relief spécialement maghrébins.

Comme toutes les bonnes choses, Le thé se démocratise difficilement au Maroc. Ce n’est que plus d’un siècle après sa première introduction au Maroc qu’il sortira timidement des palais vers les villes et progressivement vers les territoires du Sud. Les caravanes assureront son succès en tant que boisson aphrodisiaque. La colonisation française ouvre le marché maghrébin à tous les courants mondiaux et répand le thé dans les départements d’Oran, Alger et Constantine.

Et désormais, plus personne ne pourra contester au thé son caractère national. La rivalité thé/café a donné lieu à de fameuses poésies dont la plus populaire est certainement celle écrite par El Madani Torkmani, immortalisée par El Hadj Mrizek (El Kahwa ouel latay).

Rachid Lourdjane 

Source :

  1. El Watan du 17 septembre 2008

 

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