Cela s’est passé un 23 décembre 1847, l’Emir Abdelkader met fin à son combat

Trahi par les siens, lâché par le roi du Maroc, l’Emir Abdelkader, qui a résisté 15 ans face à la plus grande puissance du monde de l’époque et qui a réussi à bâtir un véritable Etat, décide de mettre fin à son combat le 23 décembre 1847.

Alors que le jeune Abdelkader était destiné à devenir un chef religieux en succédant à son père à la tête de la Qadiriyya, il se retrouve à l’âge de 25 ans chef de la résistance contre l’armée d’occupation française. C’était en 1832. Mettant sa vie personnelle entre parenthèse, il mènera la guerre avec méthode et vigueur, mais toujours dans le respect de la vie humaine, contrairement à ceux qu’il combat qui endosseront volontiers le qualificatif de « barbares », notamment en enfumant des tribus entières.

 Cet homme d’honneur mènera 116 batailles et affrontera 142 généraux, cinq princes et 16 ministres de la guerre. Son combat durera 15 ans. Quinze années durant lesquelles il sillonnera le pays pour unifier les tribus tout en affrontant l’ennemi. En parallèle, il met en place des circonscriptions et des fonctionnaires, dresse une usine à Méliana, prend contact avec les italiens et les anglais pour développer une industrie de poudre à canon, établi une capitale à Takdemt, frappa une monnaie, le boudiou, établi l’égalité par la dîme sur les récoltes et l’impôt sur les troupeaux… Bref, il jette les bases d’un véritable Etat moderne.

Mais avec toute la bonne volonté du monde, l’Emir Abdelkader ne pourra aller jusqu’au bout de son projet, celui de libérer son pays de l’occupation française.

Trahi par les siens et lâché par le roi du Maroc, l’Emir n’a pas d’autres choix que de mettre fin à son combat. Il rassemble ses hommes et leur explique l’impasse dans laquelle ils se retrouvent : « Croyez-moi, la lutte est terminée. Résignons-nous. Dieu est témoin que nous nous sommes battus aussi longtemps que nous en avons été capables. S’il ne nous a pas donné la victoire, c’est parce qu’il a jugé que ce pays devait appartenir aux chrétiens. Qu’importe si je reste ou non dans ce pays. Que puis-je faire de plus pour la cause que nous avons défendue ensemble si longtemps ? Puis-je recommencer la guerre ? Je serai battu ; et les Arabes ne seraient qu’exposés à des souffrances renouvelées. D’ailleurs, les tribus sont lasses de la guerre. Elles ne m’obéiraient plus. Nous devrons nous soumettre. La seule question est de savoir si nous devons nous rendre entre les mains des chrétiens, ou entre les celles de Moulay Abderahman. Sur ce point, à vous d’agir comme vous le jugez bon. Pour moi, j’aimerais mille fois mieux faire confiance à ceux qui se sont battus contre moi qu’à l’homme qui m’a trahi. Je me contenterai de demander un sauf-conduit pour moi-même et ma famille, et pour ceux d’entre vous qui choisiront de me suivre dans un autre pays musulman. »*

L’Emir envoi des émissaires à Lamoricière pour l’informer de sa décision et pour savoir s’il pouvait avoir sa parole pour le respect de ses conditions. Il quittera le pays le 25 décembre, pour Toulon. D’autres épreuves et d’autres trahisons l’attendent encore du côté des français. Mais même dans les pires moments, il restera digne.

Connu et respecté en Orient et en Occident, l’Emir Abdelkader résistant, philosophe, mystique, poète et visionnaire, a acquis une renommée qui franchira les siècles. 200 ans après sa mort, il reste le symbole de la résistance algérienne, le fondateur de l’Etat algérien moderne, l’humaniste… Un grand homme simplement.

Z.M.

Source :

  1. *Extrait tiré de « La vie d’Abdelkader » de Charles-Henry Churchill. Editions ANEP, 2011, pages 281 et 282

 

 

 

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1 Comment

AB 18 octobre 2015 - 18 h 03 min

L’Emir Abdelkader, chef d’Etat, militaire et religieux a voulut a la fin de trouver une solution pacifique au conflit car en tant que responsable reconnu du peuple Algérien, il ne pouvait accepter l’effusion de sang des innocents. Et par ailleurs essayer politiquement de sortir la colonisation qui était le but de l’Emir Khaled.
L’Algérie indépendante n’a pas de combat anti-colonisation a mener et sa politique est issu des nécessités de la nouvelle époque celle de la construction d’un état moderne, la paix avec la France est une politique témoignant la sagesse et la force de la réconciliation.

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