Ogre ou ogresse, qui sont-ils?


Qui n’a jamais écouté les histoires de l’ogre, EL Ghoul ? Ce monstre indescriptible à la force dévoratrice et aveugle qui se nourrit de petits enfants qui n’écoutent pas leurs aînés ! Chez les kabyles, l’ogre est appelé awagheniw ou waghzen, son féminin, l’ogresse est appelée Teryel. On lui connaît également le nom d’aghuliu, ainsi que la forme empruntée à l’arabe : Ighul/ighoula.

L’ogre et sa femme l’ogresse sont présents, ensemble ou pas, dans beaucoup de contes. Majoritairement, c’est l’ogresse qui incarne le rôle des ténèbres, comme si que l’adulte le plus effrayant était la femme, au lieu de l’homme, comme on a l’habitude de le voir dans les autres cultures et littératures.

Par exemple, dans le compte de mqidèche, on parle d’une teryel, contrairement au conte du Tom Pouce, où le petit garçon a à faire à un ogre !

Mais qui sont les ogres ?

Les ogres sont des êtres ténébreux qui habiteraient sous terre où existerait un autre monde, celui de l’au-delà, d’où ils viennent hanter notre monde. L’ogre, serait également un anti-homme stérilisant. Seulement, l’avantage pour l’Homme, est que l’Ogre, comme l’ogresse, sont un être géant, mais bête et qu’on peu facilement berner. Et s’il utilise le feu pour tout détruire, il est souvent détruit lui-même par le feu !  Cette entité bruyante jusque dans le sommeil, est susceptible d’apparaître à la tombée de la nuit ou au beau milieu de la nuit. C’est pour cela que, selon cette croyance, beaucoup évitent de laisser leurs enfants jouer dehors au coucher du soleil et surtout quand il commence à faire nuit ; car selon cette même croyance, à l’apparition de l’ogre, les éléments se déchaînent : Il vente très fort, les tempêtes se forment et la pluie risque même de faire déborder les rivières !

A l’image de l’ogre, l’ogresse habite le monde souterrain ténébreux dont les frontières seraient les montagnes, les rivages et les grottes ! Elle a pour habitude, selon les contes et les transmissions orales, de circuler toute la nuit, surtout devant les fontaines, elle est aveugle ou borgne, au mieux, malvoyante.

Ce personnage clé de l’imagination kabyle met en scène plus fréquemment les ogresses que les ogres, car chez les kabyles, une femme sauvage est le comble de la perversité. Dans un des contes, on raconte comment un couple qui a refusé de se civiliser, l’homme fut transformé en lion, tandisque la femme en teryel (ogresse). Dans les contes kabyles, on ne retrouve jamais de couples d’ogres, puisqu’il s’agit d’êtres asociaux qui semblent ignorer totalement l’esprit de la communauté. Au mieux, on rencontrera dans certains contes, une ogresse et sa fille qui, cette dernière, est susceptible de se civiliser, comme dans le conte Nouja. (Que nous verrons dans les contes du jeudi)

Dans la culture berbère, la plus grande peur s’est cristallisée su les êtres sauvages féminin, essentiellement la talafsa, l’hydre. En bref, la femme est plus assujettie à la sauvagerie que l’homme à la nature. Si dans les contes européens, l’Homme doit vaincre un ogre, dans les contes kabyles, c’est l’ogresse qui est à abattre.

Pourtant cette ogresse, tout en étant crainte, a aussi son talon d’Achille ! Si une de ses victimes arrive à se saisir de ses mamelles, ne craint plus rien d’elle. C’est ainsi qu’elle est vu dans la civilisation arabo-musulmane. Car même chez l’ogresse, «l’interdit du lait» fonctionne.

Mounira Amine-Seka.

Sources :

  • Dictionnaire des symboles musulmans, par Malek Chebel è Editions Albin Michel – 2001.
  • Dictionnire des symboles : Muthes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, par Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions Robert Laffont/Jupiter- 1982.
  • Dictionnaire de la culture Berbère en Kabylie, par Camille Lacoste-Dujardin – Editions La Découverte, 2005.

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