L’histoire légendaire de Fatima El M’aakra, partie I

Ma grand-mère aimait à me raconter cette belle histoire de Fatima El M’aakra ou Fatima « la Fardée », une des vieilles légende les plus connues d’Alger.

Ma grand-mère, la tenant elle-même de sa grand-mère, éteinte en l’an 1845, aujourd’hui à mon tour, il me plaît de vous la livrer entière, telle que je l’ai mainte fois entendue.

On raconte donc qu’a à une époque lointaine, dans une ruelle de la Casbah appelée Zenkat Ben Fares, vivait une famille de quatre personnes.

Le père de famille, Ammi Brahim, qu’on surnommait Ammi Brahim El Halak, en référence à son métier de Barbier, était un brave homme et pieux  qui  observait les principes de l’Islam à la lettre.

Debout aux premières lueurs du jour, il se faisait un point d’honneur à subvenir aux besoins des siens, après quoi, il déambulait  de souk en souk,  pour exercer son art, arrachant à l’occasion quelques dents douloureuses ou pratiquant quelques  saignées de temps à autre…Il ne rentrait chez lui qu’après la prière du soir, éreinté mais satisfait pour goûter à un repos bien mérité.

Les rêves les plus chers de Ammi Brahim étaient de marier ses deux filles et d’effectuer un pèlerinage à la Mecque.

Son épouse Hanifa, était une femme, solide, laborieuse et économe. La quarantaine passée, elle restait alerte et vive. Dès que ses filles purent la remplacer aux tâches ménagères, elle se consacra au filage et au tissage de la laine, tenant néanmoins, en excellente cuisinière qu’elle était, à préparer elle-même les repas et ne cessant de surprendre son mari par les mets les plus délicieux de la casbah. Ses talents de fine pâtissière, étaient reconnus de toute la Médina, si bien que des familles de notable faisait appel à elle sans jamais être déçues.

Pour meubler les interminables après-midi d’automne, il arrivait souvent que Hanifa invite quelques voisines dans la chambre, « la ghorfa », où trônait le métier à tisser.

En dégustant un thé parfumé, accompagné de « Dziriettes », « Knidlettes », « Makroutes » et autres pâtisseries délicieuses, les femmes discutaient et riaient en échangeant les derniers potins. Les petits tas de laine posés à leurs pieds, comme par hasard par l’astucieuse Hanifa, étaient cardés et filés sans qu’on y prenne garde ! Et ainsi, une bonne partie de la besogne était abattue dans la bonne humeur générale. Lorsque son ouvrage était fini, Hanifa le portait régulièrement au souk de la laine, vers Bab Azzoun, pour le vendre aux tisserands, fort nombreux à cette époque.

Saliha, l’aînée de leurs deux filles avait hérité de tous les talents de sa mère, excepté de sa générosité. Fille pieuse et de bonne conduite, elle était petite et rondelette. Elle n’était pas dénuée de charme mais ses attraits naturels étaient insuffisants pour la faire remarquer auprès des entremetteuses, ne faisant rien pour se mettre en valeur. A vingt ans donc, elle était toujours chez son père, son trousseau était depuis longtemps fin prêt mais personne ne venait frapper à la porte de leur maison. Dans son attente désespérée, elle redoutait intérieurement qu’on vienne demander la main de sa sœur Fatima.

 Fatima, sa cadette, était belle comme un clair de lune. Grande et svelte, le front bombé, le port altier, elle avait la blancheur du lys. Sa peau transparente laissait entrevoir des veinules bleues qu’on aurait dites comme tracées au pinceau. Ses beaux yeux en amandes rehaussées de longs cils avaient la couleur du soleil et laissaient deviner une vitalité débordante. Le rose de ses joues et le pourpre de ses lèvres empruntaient à la grenade son éclat. Son sourire qui ne s’éteignait jamais laissait entrevoir des dents blanches, si finement ciselées qu’elles ressemblaient  à des pétales de jasmin. Son abondante chevelure rousse où dansaient des reflets d’or, ruisselait en cascade sur ses hanches. Fatima était tel un tableau, sur lequel le créateur se serait exercé au mieux de son art.

Elle était si belle, les couleurs naturelles de son visage si vives qu’on l’aurait dite maquillée. On l’appela comme d’un commun accord  « Fatima El M’aakra », c’est à dire « la fardée »… A suivre

 

Illustration : photographie femme au balcon, Alger fin XIXe

 

B. Babaci

Écrivain-chercheur en histoire

 

Articles similaires

Le ravisseur des épousées – Khattaf el-‘arayes

Conte – Les six filles du djinn et la reine des eaux

Conte l’oiseau d’or – Partie 5 – A la conquête de l’oiseau d’or

7 Comment

Lamine 4 avril 2014 - 18 h 59 min

oh! merci! j’attend a suite avec impatience!

MAYA DZIRI 6 avril 2014 - 10 h 57 min

Bonjour,j’attends la suite avec impatience!!

babya 6 avril 2014 - 22 h 45 min

yaaaa hasrah allah yerahmek ya mamani

nina larachi 17 avril 2014 - 10 h 16 min

une belle histoire mais dommage y’pas la suit
merci de nous édite la suit svp.

BABZMAN 24 avril 2014 - 14 h 07 min

Vous pouvez retrouvez la deuxième partie qui est en ligne, ainsi que la dernière qui sera publiée ce soir

Sophia 27 octobre 2014 - 16 h 18 min

Une petite erreur , les gâteaux dziriettes n’existaient pas à l’epoque , à la difference d’autres gâteaux algérois ont disparus ou tentent de disparaître , bien à vous et merci pour ce site

elaadera 20 mai 2015 - 0 h 17 min

Ya hassera elle a bercé mon enfance
Très belle histoire…..

Add Comment