Destruction du Penon d’Alger – Une simple jetée décidera du destin d’El Djazair

En 1529, de retour à El Djazair, Khair-Eddine décida d’en finir avec les Espagnols du Penon, cette menace permanente sur El Djazair, « cette épine plantée dans le cœur de algérois et de l’islam ».

Il rassembla toutes les forces qu’il pouvait réunir et reçut l’appui de nombreuses tribus de la Mitidja et de son allié Amokrane Abdelaziz. Il faut dire qu’outre la menace permanente de cette tête de pont (sorte de poste avancé) sur El Djazair, l’endroit où elle a été construite, en 1510, par Pedro Navarro, faisait face à la ville, sur un des plus grands ilots qui se trouvaient à 200 mètres de la rive, empêchant, comme indiqué, toute activité sur cette partie ouest d’El Djazair. Les navires algérois étaient obligés de mouiller à Ras Tafoura, non loin de la porte Bab Azoun, ce qui, par temps de tempête, rendait difficile tout amarrage ou sortie des navires algériens.

Au début du mois de mai 1529, en plein mois de ramadhan, Khair-Eddine adressa au commandant de la forteresse, Martin de Varga, un ultimatum lui offrant la vie, sécurité et bateaux, pour lui et sa garnison, contre sa reddition. Martin de Varga, un hidalgo de la première heure, se sentit offensé par l’offre d’un pirate le sommant de se rendre, lui le Castillan, serviteur du roi, porte-étendard de la chrétienté sur cette terre des ennemis du Christ. Il refusa catégoriquement, traitant Khair-Eddine de tous les noms d’oiseaux. Le Penon fut attaqué le 6 mai 1529 à l’aube.

Dans sa riposte, Martin de Varga causa d’importants dégâts à la ville, surtout aux mosquées dont les minarets furent détruits, le plus important étant celui de la Grande Mosquée. Le siège dura trois semaines.

Huit jours auparavant, Martin de Varga avait fait parvenir une missive à Charles Quint le suppliant de lui envoyer des secours afin de sauver la forteresse s’il voulait « conserver ce talon sur le cou de l’islam ». L’empereur, qui était occupé à se faire couronner en Italie, donna des ordres pour le départ d’une flotte vers Alger afin de prêter main forte à de Varga.

Le 27 mai 1529 Khair-Eddine, après plusieurs ultimatums adressés à Martin de Varga afin qu’il se rende contre la promesse de le laisser partir lui et ses hommes vers Majorque sans succès, décida d’en finir avec lui et la forteresse. Il aligna une vingtaine de navires en face du Penon et donna l’ordre de le bombarder sans relâche. Près d’un millier de combattants turcs et algériens se lancèrent à l’assaut de la forteresse à l’aide d’échelles spécialement conçues pour l’investir, pendant que d’autres réussirent à pénétrer à l’intérieur grâce aux brèches causées par la canonnade.

Les soldats espagnols à leur tête Martin de Varga, opposèrent une résistance farouche, et, submergés par le nombre des assaillants, une lutte à mort s’engagea. Perdant l’espoir de voir venir les secours de son roi, Martin de Varga finira par capituler avec ce qu’il lui restait de soldats, soit 54 sur 200.

Blessé, soigné et félicité pour sa bravoure par Khair-Eddine qui lui proposa de rester avec lui à Alger où il sera couvert d’honneurs, l’hidalgo refusa tout net en continuant à l’insulter. De guerre lasse, Martin de Varga fut condamné à subir des coups de bâton jusqu’à ce que mort s’en suive, le 30 mai 1529.

Sitôt investie, la forteresse fut démolie et, avec ses blocs et ceux ramenés de cap Matifou, Khair-Eddine ordonna de relier la plate-forme sur laquelle elle était édifiée à la rive (200m) réalisant ainsi une jetée qui allait portée son nom, transformant un mouillage précaire avec un embryon de port pour les navires algériens protégés également au bout de la jetée par une batterie de canons dirigés vers la mer.

Pas moins de 2000 captifs furent utilisés pour ce travail titanesque (à cette époque) et un peu plus de la moitié trouva la mort en trainant les énormes blocs posés sur des rondins de bois de cap Matifou à la jetée conçue par Khair-Eddine. Le port de Cap Matifou fut aménagé pour permettre également l’embarquement d’autres blocs sur des barges trainées par des brigantins jusqu’à Alger.

José Luis de Alarcon, commandant l’escadre envoyée par Charles Quint au secours de Martin de Varga, arriva le 31 mai, soit deux jours après la chute du Penon, débarquant du côté de la plage du Kaâ essour (le pied du rempart), dite aussi plage de Bab el Oued. Privé du soutien de l’artillerie basée sur la forteresse en ruine José Lui de Alarcon ordonna à ses navires de regagner le large, abandonnant près de 1000 soldats, des dizaines de canons et des armes diverses.

Ces captifs allaient servir de mains-d’œuvre pour le confortement de la jetée et combler les espaces séparant les petits îlots entre eux pour son prolongement et la construction des bastions. La victoire remportée sur le Penon et la nouvelle de la déroute de l’escadre d’intervention commandée par José Luis de Alarcon eut un retentissement grandiose en Méditerranée.

Dès lors, Khair-Eddine commença à être l’homme le plus craint et le plus courtisé du moment. El Djazair devint la ville la mieux protégée du bassin méditerranéen. Elle fut surnommée El Mahroussa (la bien gardée) durant plus de trois siècles.

D’où l’on regarde Alger, l’œil émerveillé vient buter sur le phare de l’amirauté. Cette borne qui ressemble à un doigt pointé vers le ciel à laquelle sont amarrés la jetée Khair-Eddine et le môle, demeure incrustée dans notre mémoire.

Il n’est pas possible d’imaginer Alger amputée de ce phare, car il est un jalon planté sur l’eau entre le passé et le présent. Une sorte de témoin qui rappelle aux Algériens que le destin d’Alger a été scellé là, c’est-à-dire le jour où Khair-Eddine a rattaché un des ilots à la terre ferme.

Belkacem Babaci

Source : L’épopée de Baba Merzoug, le canon d’Alger

Image : Penon d’Alger avant sa destruction

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