Conte – Le choix d’une femme à marier

Le rôle d’intermédiaire n’est pas facile… Comment ménager le chou et la chèvre ?

Un homme arriva dans une ville pour s’y installer définitivement. Il voulait se marier et son choix était basé sur des critères précis. Il voulait une femme jeune, belle, gentille et de bonne famille.

Etant étranger, il ne connaissait pas les gens et ne pouvait se lier à eux sans y être introduit.

Il alla trouver une marieuse en lui disant ceci :

-« Je suis étranger dans cette ville et je te charge de me trouver une épouse de bonne famille, une femme qui soit jeune, belle et gentille. Je suis riche et je cherche à m’installer à vie ici. »

-« C’est chose facile, lui dit la marieuse, « El ghali tlab erkhis » (le valeureux n’a demandé que le peu coûteux ! ) »

Le soir, la vieille femme passa en revue toutes les filles à marier de la ville. Elle les connaissait une à une car les parents, craignant de voir leur fille condamnée au célibat, s’attachaient très tôt, ses services.

La marieuse avait une solide réputation dans ce domaine. Elle pensa à la fille des voisins qui étaient très généreux avec elle. Mais elle pensa en même temps à la demande du prétendant. Elle ne pouvait trahir ni une partie ni l’autre.

Après avoir informé ses voisins de la demande en mariage inespérée elle plaça le prétendant non loin de la maison en lui recommandant de bien suivre ses gestes et ses paroles.

Elle se mit devant la porte derrière laquelle la fille et sa mère attendaient, très attentifs aux dires de la marieuse qui, à haute voix, se mit à décrire dans le détail, la future marié : 

-« Que dois-je te dire, mon fils, sa taille et sa démarche, un beau palmier dans l’oasis. » Du geste elle lui donna la mesure d’une nabote.

-« Quant à ses cheveux, ajouta-t-elle, de la soie tombant en cascade et couvrant le dos. » Du geste, elle lui décrit une corbeille d’épines.

-« Si je dois parler des yeux, précisa-t-elle, je dois dire des amandes gorgée de sève. » Du bout du doigt, elle lui donna une idée de leur taille et du strabisme qui les touchait.

Arrivée au niveau du nez elle dit : 

-« Un frêle branche. » De ses deux mains elle lui désigne une motte de terre.

Pour décrire les joues, elle usa d’une comparaison : 

-« Les joues, deux belles pêche charnues. » De ses doigts, elle creuse ses propres joues pour désigner deux profonds trous.

Elle décrivit ensuite la bouche en disant : 

-« La bouche, un pétale de rose ». Elle étira en même temps, sa propre bouche pour en faire une large fente.

Elle termina par le teint en rappelant :

-« Le teint ? Du lait frais ! «  Elle lui montra en même temps la couleur noire de son foulard.

Après cette scène, elle reçut les louanges de la famille qui ne se sentait pas trahie.

Quand elle rencontra le nouveau venu, elle fut félicitée pour son stratagème et pour sa sincérité. Il lui demanda de continuer de prospecter en employant les mêmes moyens jusqu’à ce qu’elle lui trouve chaussure à son pied.

 

Source : Contes du terroir algérien– Editions Dalimen

Illustration : Gentiane Edmundson – fusain sur papier

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